IA FRUGALE : comment utiliser l'intelligence artificielle de manière plus responsable ?

Poser une question à ChatGPT, générer une image par IA, discuter avec Claude sur une rupture sentimentale... Ces gestes du quotidien nous semblent presque anodins aujourd’hui, et presque sans conséquence. Mais derrière chaque clic se cachent des mines, des data centers, de l'eau et de l'énergie. L'intelligence artificielle amplifie cette réalité à une échelle difficile à imaginer, sauf si on prend le temps de la rendre visible. Dans cet article, nous vous invitons à explorer ce que nos usages numériques coûtent réellement à la planète, et vous proposons surtout des alternatives concrètes pour changer vos pratiques, à votre rythme.

L’IA invisible : la consommation d’eau d’une requête

Imaginez une journée de travail habituelle : 10 recherches Google, 5 prompts à ChatGPT, 2 images générées par IA. Mais avez-vous une petite idée de la consommation d’eau que tout cela représente ? Saviez-vous tout simplement que vous consommiez de l’eau en utilisant l’IA ?

Pour 10 requêtes, ChatGPT consomme environ 60 fois plus d’eau que Google ! C’est énorme, surtout quand on sait que ChatGPT reçoit environ 2,5 milliards de prompts par jour. Cela représente entre 150 000 et 500 000 litres d'eau quotidiennement, soit la consommation journalière d'une ville de 1 000 à 3 000 habitants… pour refroidir des machines, pas pour boire. D’autant plus que ce chiffre n'est que la partie visible de l'iceberg.

Les data centers : ces hangars géants qui ne dorment jamais

L'IA ne se balade pas dans l’air. Elle est basée dans des data centers : des entrepôts gigantesques remplis de serveurs actifs 24h/24, 7j/7, qui consomment d'énormes quantités d'électricité et nécessitent un refroidissement permanent avec de l'eau.

Les data centers consomment environ 1 à 2% de l'électricité mondiale, un chiffre en forte hausse depuis l'essor de l'IA. (source Agence Internationale de l'Énergie, 2023)

Les trois Data Center les plus importants, AWS, Azure et Google Cloud contrôlent 65% du marché mondial, avec des infrastructures massivement concentrées aux États-Unis, en Irlande et à Singapour, très éloignés de la majorité des utilisateurs mondiaux. (TeleGeography, 2023)

Si rien ne change, la consommation électrique des data centers en France pourrait être multipliée par 3,7 d'ici 2035, soit l'équivalent de la consommation annuelle de plusieurs millions de foyers supplémentaires. (ADEME, 2024)

La désinformation : quand l'IA fabrique du faux à grande échelle

Capable de générer du texte, des images, mais aussi des voix et vidéos d'une qualité troublante, l’IA ne vérifie pas toujours ses sources, et peut ainsi créer de fausses informations, manipuler des élections, fabriquer de faux discours de personnalités réelles ou inonder les réseaux de contenus trompeurs. La vitesse de propagation dépasse largement notre capacité collective à vérifier l’information.

Selon l'International Panel on the Information Environment, 80% des élections tenues en 2024 dans 50 pays démocratiques ont été impactées par des utilisations malveillantes de l'IA : deepfakes, faux discours, manipulation d'opinion à grande échelle. 

Lors de la primaire démocrate du New Hampshire en janvier 2024, des milliers d'électeurs ont reçu un appel téléphonique automatisé avec une voix clonée de Biden leur demandant de ne pas voter ! Un deepfake audio qui s'est propagé en quelques heures seulement. 

Par ailleurs, l’IA a souvent tendance à aller dans notre sens ou à confirmer ce que l’on formule déjà.

Alors que faire face à tant d’impacts ? Comment changer notre utilisation, sans s’enfermer dans une grotte ?

Le modèle d'IA, un choix qui compte

Tout d’abord, le choix du modèle, souvent invisible pour l'utilisateur, a pourtant des conséquences majeures sur l'empreinte carbone d'une requête.

Utiliser Mistral 7B, modèle considéré comme “léger”, plutôt que GPT-4 pour une tâche simple peut diviser la consommation énergétique par 100 à 1 000, pour un résultat souvent comparable. (ML.energy / Hugging Face Leaderboard, 2024)

Une étude UNESCO / University College London montre que des modèles plus petits, conçus pour des tâches spécifiques, peuvent réduire jusqu'à 90% la consommation énergétique, sans perte de performance. 

Autrement dit, mieux vaut utiliser une IA spécialisée pour traduire un texte plutôt que de solliciter ChatGPT. De la même manière qu’on privilégie son vélo pour aller chercher sa baguette de pain plutôt que de prendre son SUV !

Les bénéfices de l'IA utilisée avec sobriété

L'objectif n'est pas de bannir l'IA, mais bien de l'utiliser plus intelligemment, en décidant comment on l'utilise. Voici quelques conseils pour faire preuve de frugalité dans votre rapport à l’IA :

  1. Poser sa question dans Google : Certaines questions n’ont pas besoin d’être soumises à une IA. Ne soyons pas feignant ! La réponse se trouve certainement dans Google.

  2. Utiliser des Small Language Models (SLM) : Des modèles plus légers comme Mistral (France) ou des équivalents indiens et chinois consomment entre 100 et 1 000 fois moins d'énergie que GPT-4 pour des tâches simples, avec des résultats souvent comparables.

  3. Privilégier des modèles souverains : Privilégier des modèles européens hébergés localement réduit la dépendance aux géants américains, améliore la traçabilité des données et peut s'appuyer sur un mix électrique moins carboné.

  4. Bien formuler son prompt : Un bon prompt bien formulé dès le départ évite les allers-retours inutiles. Moins de requêtes, moins d'eau, moins d'énergie et souvent un meilleur résultat !

  5. Faire appel à sa créativité : Certaines tâches n'ont pas besoin d'IA. Se réapproprier ses compétences créatives, ses recherches, son écriture : c'est aussi une forme de sobriété numérique et de liberté.

En résumé, l'intelligence artificielle est un outil puissant qui bouleverse notre quotidien. Mais comme tous les outils, son impact dépend de la façon dont nous les utilisons, de la fréquence à laquelle on les sollicite, et du modèle économique et environnemental qu'on choisit de soutenir par nos usages.

Chez REGENER'ACTIONS, nous croyons que la transition numérique responsable n'est pas une contrainte : c'est une opportunité de reprendre le contrôle, de ralentir là où l'accélération n'est pas nécessaire, et d'agir collectivement sur des enjeux systémiques à travers des gestes individuels cohérents. La question n'est pas faut-il utiliser l'IA ? Mais comment l'utiliser sans qu'elle nous utilise, épuise les ressources de la planète et alimente la désinformation. Une IA frugale, c'est une IA qui sert nos valeurs, pas l'inverse.

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